3 - Description de la Flore et de la Faune

3.2 - Mammifère


En Afrique comme en Europe, la morphologie des herbivores s'accroît, les Artiodactyles, avec notamment la famille des Bovidés, tolérant des quantités accrues de cellulose (Guérin et al., 1996 ; Matthee et Davis, 2001 ; Brugal et Croitor, 2007). En toute proportionnalité avec ce surplus protéique, le nombre des prédateurs augmente, débouchant sur de nouvelles espèces de Carnivores, telles que celles de la famille des Hyénidés (hyène) et des Félidés (tigre à dents de sabre), pour l'Afrique. Cela d'autant plus qu'à partir du Pléistocène, les Bovidés asiatiques, tels que les genres Bison et Bos (auroch), migrent en Afrique et en Europe. Aussi, tandis qu'un ordre comme celui des Rodentiens, regroupant tous les rongeurs, prolifère, l'ordre des Hyracoïdes, avec la famille des Procavidés, des petits placentaires communément appelés damans, sortent d'Afrique. Par ailleurs, lors de la phase de grand refroidissement du Plio-Pléistocène, asséchant notamment une partie de l'hémisphère sud, les girafes se distinguent en même temps que la savane africaine s'étend. L'alimentation foliaire se raréfiant, certains Girafidés prennent pour habitude de consommer les feuilles très hautes, jusqu'à se spécialiser par l'élongation progressive du rachis cervical. Faute d'adaptation efficace, certains Primates simiiformes, telle que la famille des Cercopithécidés, avec le genre Theropithecus, se disséminent pour se concentrer en Eurasie (Hughesm et al., 2008).

Cela étant, la faune se caractérise plus volontiers par ses Primates grandissant en diversité, tels que les genres Homo et Macaca (Guérin et al., 1996). Possiblement présentes dès le Pliocène, il y aurait 3,3 Ma (site de Lomekwi 3), les premières traces du genre Homo se développent entre 2,6 (Homo sp. ou Pré-Homo en Inde) et 2,4 Ma (Homo rudolfensis en Afrique) et s'essaiment rapidement sur l'ensemble du territoire africain et eurasiatique (Alexeev, 1986 ; Tobias, 1991 ; Gallien, 2002 ; Gaillard et al., 2015). Les espèces non sapiens périclitant avant le Paléolithique supérieur, sa survie reste somme toute un exploit. Une des plus anciennes traces hors d'Afrique du genre Homo remonte à la fin de la première glaciation (Eburonien), vers 1,8 Ma, à Dmanisi, en Georgie (Lordkipanidze et al., 2006). L'espèce Homo georgicus témoigne de cette présence humaine en Europe, alors liée à la recherche de nourriture. De façon hypothétique (Leakey, 1964 ; Prat, 1997 ; Lordkipanidze 2008 ; Lordkipanidze et al., 2013), elle se situe autant comme un état transitoire entre le genre Australopithecus et le genre Homo qu'entre l'espèce Homo habilis (un Homo rudolfensis avancé remontant à 2,3 Ma) et l'espèce Homo ergaster (un Homo erectus primitif remontant à 1,9 Ma). Par ailleurs, la robustesse primitive d'Homo erectus, telle que retrouvée sur les fossiles du site de Sangiran, datés d'environ 1,5 Ma (Calabrien), au cœur de l'île de Java, en Indonésie, témoigne à la fois de pressions environnementales et de conditions alimentaires appropriées. D'autres fossiles indiquent encore le déploiement de ce genre en Eurasie, de la Georgie à l'Inde (Sri Lanka), en passant par la Chine (Sinanthropes), jusqu'à au-moins 140 000 ans, soit jusqu'au Ionien (Pléistocène moyen). Ainsi, l'envergure des déplacements concorde autant avec la nécessité d'une migration climatique qu'avec une assurance corporelle. Par ailleurs, d'autres traces signalent l'existence plus ancienne d'Hominiens en Asie, avec la découverte de fossiles correspondants à une industrie lithique. Galets taillés, nucléus et autre (Oldowayen) délimitent le site de Masol, dans les piémonts himalayens du Pendjab, en Inde, et signale un type Pré-Homo, voire Homo, vers 2,6 Ma, soit au cœur du Plio-Pléistocène (Gaillard et al., 2015 ; Malassé et al., 2016). Certainement, avec le grand refroidissement, leur régime alimentaire omnivore, de type opportuniste, reste des plus adaptés.

Toujours en Eurasie, si l'ordre des Périssodactyles, avec les Rhinocérotidés et les Tapiridés, mais, aussi, des Proboscidiens, avec les Eléphantidés, les Gomphotéridés et les Stégodontidés, et  toujours des Rodentiens, se conservent bien, l'ordre des  Périssodactyles, avec les Equidés (zèbre), se réduit (Azzaroli, 1992). Cela, malgré les plaines de steppe du Plio-Pléistocène… Vraisemblablement, la pression prédatrice s'inscrit à l'origine du processus, les Equidés ne disposant que de la fuite pour se défendre. Ainsi, l'ancêtre possible du lion ou du tigre, le Carnivore Félidé de l'espèce Panthera gombaszoegensis, communément nommé jaguar européen, se développe du Pliocène supérieur au Pléistocène inférieur (Guérin et al., 1996). Venu d'Afrique, ce Félidé s'est progressivement installé sur le continent européen, de l'Italie à l'Allemagne et de l'Angleterre aux Pays-Bas. La généralisation de son écosystème, c'est-à-dire des plaines herbeuses parsemées d'arbres typiques de la savane africaine, et sa taille, supérieure au jaguar actuel, font de lui un superprédateur (Mol et al., 2011).

En Amérique du Nord, au Pliocène, si les ordres des Proboscidiens, avec les Gomphotheridés (proche de l'éléphant), des Didelphimorphes, avec les Didelphidés (opossum), et des Rodentiens, avec les Eréthizontidés (porc-épic), tendent à se démultiplier, l'ordre des Artiodactyles, avec les Cervidés (cerf) et les Equidés (cheval), se réduit toujours significativement (Weinstock et al., 2005). A l'origine de ce processus, l'ordre des Carnivores qui prospère encore et encore, avec les Canidés, les Félidés (tigre à dents de sabre) et les Ursidés (ours). Par ailleurs, les ordres des Périssodactyles, avec les Chalicotheridés (chalicothère), les Rhinocérotidés et les Tapiridés, comme des Artiodactyles, avec les Camélidés, disparaissent du territoire nord-américain. En fait, la création de l'isthme de Panama, dès le Pliocène supérieur, développe un phénomène migratoire (grand échange interaméricain) et participe, ainsi, à la création de nouveaux biomes, avec de nouvelles espèces à la clé (Montes et al, 2015). Ainsi, des genres comme Vicugna (alpaga/vigogne) et Lama, des Camélidés d'Amérique du Sud, s'inscrivent comme les descendants possibles du genre Camelus (chameau, dromadaire), venu d'Amérique du Nord. Parallèlement, le genre migre en Asie, cette fois par l'isthme de Béring. Aussi, la découverte de fossiles de Camélidé géant (Camelops) sur l'île d'Ellesmere, proche du Pôle Nord et du Groenland, datés d'environ 3,5 Ma, induit une période chaude. Au Pliocène supérieur, la région abrite encore des forêts et les détroits de l'archipel arctique se recouvrent de sédiments, encourageant les migrations. Egalement venus d'Amérique du Nord, les petits Carnivores, avec les Mustélidés (belette) et les Procyonidés (coati), ainsi que les Rodentiens prolifèrent en Amérique du sud. Preuve d'un écosystème alors adapté aux Rodentiens, les fossiles du plus grand des rongeurs géants, un Dynomyidé du genre Josephoartigasia, se localisent en Uruguay, sur la plage de la Plata (Rinderknecht et Blanco, 2008). D'une taille de 5 mètres pour une tonne, Josephoartigasia se développe considérablement, il y a environ 4 Ma, mais périclite durant la première glaciation, il y a environ 2 Ma (Eburonien).

En Amérique du Sud, les ongulés brouteurs, avec les ordres éteints des Litopternes et des Notoungulates, se développent sans chercher à migrer (Webb, 1976 ; Lundelius et al., 2013 ; Gaudioso et al., 2017). A l'inverse, bien qu'ils s'épanouissent autant, certains Didelphimorphes, avec le genre Didelphis (opossum), Rodentiens, avec le genre Erethizon (porc-épic), Pilosas, avec le genre Eremotherium (paresseux géant), et Cingulatas, avec le genre Glyptodon (tatou géant), migrent vers le nord (Kürten, 1980 ; Mead et al., 2007, Woodburne, 2010). Par ailleurs, si, avant l'irruption de l'isthme de Panama, une trentaine de familles, surtout des marsupiales, se distingue en Amérique du Sud, une petite trentaine de familles, cette fois principalement des placentaires, se distingue en Amérique du Nord. De leur confrontation, il y a quelques 2,5 Ma, une extinction massive s'ensuit avec la survivance de seulement une vingtaine de familles. Ainsi, avec l'instauration de nouveaux biomes, les Métathériens périclitent, comprenant tous les Marsupiaux, y compris carnivores, tels que les Borhyaenidés, de l'ordre des Sparassodontes. A l'inverse, en Australie, les Diprotodontes marsupiaux prolifèrent, avec l'établissement des Macropodidés (kangourou) et des Vombatidés (wombat). Somme toute, le nombre réduit des prédateurs, tels que ceux de l'ordre des Dasyuromorphes, avec des familles comme les Thylacinidés (loup marsupial), ne les contraint que modérément. Par ailleurs, le genre Thylacoleo, de l'ordre des Diprotodontes (famille des Thylacoleonidés), communément nommé lion marsupial, se caractérise par un régime alimentaire de type carnassier, voire charognard (Wroe et al., 2003). Apparu il y a 2 Ma, en Australie, selon les fossiles retrouvés de l'espèce Thylacoleo crassidentatus, la première glaciation du Pléistocène (Eburonien) l'inscrit vraisemblablement dans ce type de régime alimentaire. 

Originaire d'Afrique, le Proboscidien du genre Mammuthus (mammouth), de la famille des Eléphantidés, est de ces mastodontes emblématiques de la période glaciaire, avec notamment l'espèce Mammuthus meridionalis (Patou-Mathis, 2015). Cette dernière se déplace en Eurasie, entre environ 3 et 1 Ma, et atteint l'Amérique du Nord par l'isthme de Béring (Béringie). Par ailleurs, initialement originaires d'Amérique du Nord, les Carnivores Canidés (chacal), Mustélidés (belette) et Ursidés (ours) se joignent aux Carnivores Félidés (tigre), Hyénidés (hyène) et Viverridés (civette) d'Afrique. Aussi, c'est vraisemblablement dans ce contexte d'asséchement et de prédation extrêmes, du Pléistocène inférieur, que les Hyénidés se contraignent à la nécrophagie.

Au début du Pléistocène, les faunes marines sont proches des faunes actuelles, excepté chez les Chondrichthyens, des poissons cartilagineux comprenant l'ordre des Lamniformes (requin). En effet, ces derniers comptent encore la famille des Otodontidés, avec l'espèce Carcharodon megalodon, un prédateur pouvant atteindre les 20 mètres, disparu au Pléistocène inférieur, il y a quelques 1,6 Ma (Calabrien). Si au Pliocène, le Mégalodon atteint sa taille record, au Pléistocène, la température glaciale des eaux, notamment en profondeur, contribue à son élimination progressive. En effet, la survie des requins, à sang froid pour la plupart, se fragilise à ces températures, les incitant à fuir les profondeurs, contrairement à leurs proies privilégiées, au sang chaud, de l'ordre des Cétartiodactyles, les baleines (Trichet et al., 2006). En effet, des Mysticètes de la famille des Balénidés, communément nommées baleines franches, trouvent alors un véritable refuge. A la différence des Balénoptéridés ou rorquals, l'autre famille de Mysticètes, elles se constituent une couche massive de graisse et d'huile, les protégeant efficacement du froid.

Oiseau


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