3 - Description de la Flore et de la Faune

3.3 - Oiseau



Au Plio-Pléistocène, le nombre des prédateurs, comme les Cariamiformes, de la famille des Phorusrhacidés, communément nommés oiseaux de terreur, diminue largement. Apparus au Paléocène (entre env. 66 et 56 Ma) et disparus au Pléistocène, ce sont des oiseaux inaptes au vol (Ratite). Ces Carnivores, au bec recourbé et à la bipédie optimisée, mesurent jusqu'à trois mètres de haut, pour un poids de 200 kilos. Endémiques d'Amérique du Sud, les trois espèces connues, Phorushracos longissimus, Devincenzia pozzi et Titanis walleri, perdurent sur une grande partie du Cénozoïque (Tambussi et al., 1999). Les derniers fossiles de Titanis walleri, remontant à 1 Ma, orienteraient vers une extinction du genre si les Phorusrhacidés du Pliocène inférieur, du genre Ameghinornis, présents en France, au Quercy, dans une forme assez primitive, n'indiquaient une évolution possible (Baskin, 1995). En effet, bien que leurs ailes soient réduites, l'Ameghinornis se rapproche des oiseaux encore volants de l'ordre primitif des Ralliformes, vraisemblablement à l'origine des Gruiformes, comme la grue, mais également des Cariamiformes (Alvarenga et al., 2003). Somme toute, la diversité aviaire étant importante au Crétacé (entre env. 145 et 66 Ma) et pléthore au Paléocène (entre env. 66 et 56 Ma), avec l'apparition des espèces modernes, les Ralliformes se diversifient au Gondwana, soit avant 125 Ma (dislocation de l'Inde). Cela étant, au Pliocène supérieur, il y aurait quelques 2,8 Ma (Plaisancien), la réunion des deux Amériques par l'isthme de Panama fait migrer le tigre à dents de sabre, tel que le genre Smilodon, au sud, décimant les Phorusrhacidés. Mais, d'autres facteurs se détachent encore d'autant plus volontiers qu'à l'inverse les Alligatoridés et les Crocodilidés périclitent en Europe, sans que des prédateurs justifient leur disparition. Un froid glacial s'imposant plus rigoureusement à l'origine de ces extinctions, notamment par ses effets en chaîne, à commencer par la baisse de nourriture et donc de proie. Par ailleurs, au sein de l'ordre des Squamates se démultiplient les serpents venimeux, diminuant alors fortement les chances d'éclosion des Phorusrhacidés. Une alimentation globalement ovivore, doublée d'une défense mortelle, qui augmenterait tant la pression sur les oiseaux de terreur que le développement de leurs pattes puissantes répondrait en définitive à cette nouvelle prédation. Une parade les incitant certes peu à voler, d'autant que les Squamates s'inscrivent encore comme des proies potentielles. Cela étant, les ressources alimentaires s'amoindrissant proportionnellement avec la venue des phases glaciaires, les Cariamiformes passent irrémédiablement du statut de prédateur à celui de proie, avec une taille avoisinant alors plus volontiers les 2 mètres, pour une corpulence d'environ 70 kg. Ainsi, la migration seule de l'espèce Titanis walleri, en Amérique du Nord, ne fait que retarder leur déclin (Baskin, 1995 ; Fadden et al., 2007).

A l'instar de ces derniers, les Struthioniformes, avec le genre Struthio (autruche), se démarquent au Miocène, probablement en Afrique, prolifèrent au Pliocène et s'amenuisent considérablement avec les phases glaciaires du Pléistocène (Andersson, 1923). Ainsi, les espèces comme Struthio dmanisensis, dont les fossiles se localisent en Georgie (Dmanissi), et Struthio oldawayi, dont les fossiles se localisent en Tanzanie, disparaissent au Pléistocène inférieur. L'extinction de cette dernière espèce, pourtant aux origines du genre, confirme un changement environnemental extrême. Cela d'autant plus que c'est par le perfectionnement d'une bipédie, comprenant l'élongation des tibias, que l'autruche intègre une vitesse de fuite (sprint de 90 km/h), lui permettant d'échapper à de nombreux prédateurs.

Plus encore, la carrière de Montoussé (Montoussé 5), dans les Pyrénées centrales, révélant des poches ossifères du Villafranchien (entre env. 5,2 et 1,2 Ma), dans des calcaires métamorphiques du Crétacé inférieur, indique la présence d'une niche écologique pour toute une variété d'oiseaux (Clot et al., 1976). Tandis que les deux spécimens les plus abondants, le Phasianidé Palaeocryptonyx sp., de l'ordre des Galliformes, et le Corvidé Corvus pliocaenus, de l'ordre des Passeriformes, gardent certains mystères (extinction rapide ?), d'autres spécimens révèlent l'adoption différenciée de stratégies aviaires, à commencer par la mise à profit d'un microclimat. Alors, l'effet de foehn, impliquant l'instauration de températures plus chaudes, en aval de la montagne, permet à différentes espèces de prospérer.

Ainsi, si le genre éteint Palaeocryptonyx, de l'ordre des Galliformes, se distingue dès l'Oligocène (entre env. 34 et 24 Ma), l'espèce type Palaeocryptonyx donnezani ne se retrouve plus qu'exceptionnellement dans les phosphorites fossiles du Quercy (site perpignanais), du Pléistocène moyen. Globalement présent chez les Galliformes, l'éperon sur les pattes souligne de fortes capacités défensives. Les fossiles de ce Palaeocryptonyx sont probablement des reliques du Tertiaire, ayant perduré jusqu'au Quaternaire, avec quelques adaptations. L'autre spécimen, retrouvé en abondance, est l'espèce également éteinte Corvus pliocaenus, dont le type daté du Pléistocène moyen (fragment isolé), provient du gisement d'Il tasso, dans le val d'Arno italien. Se rapprochant phylogénétiquement d'une espèce comme Corvus praecorax, ce Corvidé peut être approché en tant qu'ancêtre de Corvus corax ou Grand Corbeau. Omnivore des plus opportunistes, le Grand Corbeau passe indifféremment des vers aux charognes, des insectes aux céréales, des baies aux fruits, des œufs aux petits animaux etc… Cosmopolite, il évolue dans les zones côtières ou forestières des régions au nord du tropique du Cancer (Arctique compris) aux déserts d'Afrique du Nord, en passant par les îles du Pacifique (Goodwin, 1983 ; Madge et Burn, 1996). Sur l'Everest, sa présence est notamment signalée à plus de 6000 mètres. Son habitat est globalement permanent, excepté en Arctique, et les juvéniles ne se déplacent que localement (philopatrie). Les glaciations du Pléistocène influent sur son évolution, l'ADN mitochondrial indiquant une phylogénie entre les Grands Corbeaux holarctiques et ceux originaires de Californie. Aussi, son signalement en Californie, au début de la première glaciation, il y aurait 2,1 Ma (Eburonien), se situe à l'origine d'un long processus évolutif, le transformant en Corvus cryptoleucus, communément nommé corbeau à cou blanc (Mahon, 1997).

Cette avifaune se caractérise par d'autres espèces cosmopolites, toujours plus opportunistes, sachant migrer à l'occasion, comme Oenanthe sp.. De nos jours, si le Muscicapidé Oenanthe, de l'ordre des Passeriformes, vit globalement en Eurasie et en Afrique du Nord, une de ses espèces, Oenanthe oenanthe, communément nommé Traquet motteux, vit une partie de l'année au Groenland et à l'est du Canada. Une autre espèce migrante retrouvée, le Corvidé Garrulus glandarius, communément nommé Geai des chênes, qui vit, de nos jours, en Europe tempérée, en Asie continentale et en Afrique du Nord, avant de s'envoler vers le sud, pour passer l'hiver. Omnivore, de préférence forestier, il passe des glands aux baies, des larves (vers) aux insectes et des œufs aux oisillons. Semblables aux écureuils, ils permettent un reboisement efficace des forêts en cachant les glands de chêne et autres baies de châtaignier. Aussi bien adapté, le Picidé Dendrocopos major, communément nommé Pic épeiche, de l'ordre des Piciformes. Occasionnellement migratrice, cette espèce se retrouve de la Taïga arctique aux régions méditerranéennes et est particulièrement répandue en Afrique du Nord-ouest, en Asie et en Europe. Vivant préférentiellement dans les forêts sénescentes car nidifiant dans les vieux arbres, elle induit une végétation préservée (Darmangeat, 2002). C'est un oiseau grimpeur, ses rectrices (plumes caudales) rigidifiées, soutenues par un pygostyle (os caudal) imposant, assurent son équilibre par un appui supplémentaire. Aussi, les pattes zygodactyles, soit avec deux doigts en avant et deux en arrière, montrent des griffes adaptées à la grimpe. Omnivore, il consomme fourmis, araignées, insectes xylophages, larves, baies, graines ligneuses de conifère etc… Le bec caréné, apportant un renfort de la mandibule supérieure, ainsi que son ouïe affinée, détectant les plus petites proies sous les écorces, démontrent au final une redoutable capacité adaptative. Se démarquant encore en tant qu'espèce parapluie, ses cavités creusées permettent à toute une faune de s'abriter, tels que les gobe-mouches également retrouvés sur le site (Ficedula sp.).

Hominidé


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